Louise était assise devant la porte.
Elle regardait le paysage métamorphosé par la neige, et se demandait, émerveillée, ce que ce Noël-là pourrait bien lui apporter de neuf.
Elle avait tout pour être heureuse : des parents adorables, une grand-mère douce et prévenante, qui faisait selon elle, les meilleurs goûters de la terre et un petit chien qu’elle aimait par-dessus tout !
Sa chambre regorgeait de jouets de toutes sortes ! Elle avait un ordinateur, des jeux video, elle avait des amis, des fêtes d’anniversaire incroyables, et ce soir…le réveillon s’annonçait en fanfares et trompettes, et sentait bon la liqueur et le chocolat.
Tout le monde s’affairait autour d’elle. Chaque pièce, jusqu’au jardin, avait pris un air de fête, et pourtant, Louise ressentait de l’ennui.
Parce que, disait-elle, c’était toujours pareil ! Cadeaux et nourriture en abondance !
Louise voulait que ce Noël 2005 ne soit pas comme les autres…que pouvait-elle bien imaginer de plus ? Car, elle était vraiment exaucée puisque, même, il neigeait !
Louise était pensive. Elle regardait le ciel gris et les flocons tomber. Soudain, elle sentit le froid sur elle. Elle rentra, transie et se réchauffa quelques instants près du radiateur, dans la salle à manger.
Cette année, sa mère n’avait mis sur la table et dans toute la maison que des lumières et des bougies électriques !
Mais où étaient donc passées les bougies d’autrefois ? Toutes ces petites lumières fragiles qui éclairaient doucement la maison et les visages de ceux qu’elle aimait, ces bougies qui sentaient si bon la vanille, la cannelle, la cire…
Pourquoi n’y avait-il plus aucune bougie dans cette maison ?
Qu’avait-on fait de SA lumière de Noël ?
Elle se rendit à la cuisine où Nina, sa mère, s’activait, telle Marthe à la tâche, pour que tout soit prêt à l’heure.
Lorsque Louise lui demanda où étaient passées les bougies de Noël, elle n’eut pour seule réponse : “ Ma Chérie, c’est vieillot et démodé, je les ai jetées et j’ai tout renouvelé ! C’est joli, ne trouves-tu pas ? ”
Louise se renfrogna et ne dit rien. En guise de réponse, elle tourna le dos à sa mère et la pièce ce qui n’inquiéta personne. A la maison, tout le monde était habitué à ses frasques et à sa mine boudeuse qu’elle arborait parfois, quand elle était déçue. Plus personne n’y faisait attention depuis longtemps.
Louise décida de sortir. Elle enfila son manteau rouge, ses bottes et ses moufles, prit son bonnet et son écharpe et tira la porte doucement sur elle, afin que personne ne l’entende.
Elle fila vers le centre du bourg et arriva sur la place du Temple. Il neigeait fort à présent, et Louise commençait à avoir vraiment froid. A sa grande surprise, elle découvrit devant le Temple quelques stands, regroupés autour d’un brasero. On avait monté un petit marché de Noël ! Elle passa, émerveillée, devant les emplacements, et quel ne fut pas son étonnement d’y découvrir le visage souriant de KOSSI, son ami africain !
En riant, Kossi interpella Louise, en lui lançant une boule de neige ! Après une bataille endiablée, Louise et Kossi revinrent s’asseoir près du stand que son père et lui tenaient. Des dizaines de bougies plus belles les unes que les autres étaient disposées harmonieusement sur la petite table.
- Qui les as faites ? demanda Louise.
- Et bien c’est moi, avec toute la famille, répondit Kossi ! On a appris à les fabriquer et l’argent de la vente nous aidera à passer un Noël plus agréable, avec de la dinde, des chocolats, des cadeaux, un sapin…
- Un grand sapin avec des boules rouges et…une guirlande électrique ! ajouta le papa de Kossi, avec un large sourire ! Etonnant pour des gens qui viennent d’Afrique, non ?
- Ah, pour çà, oui, répondit Louise, éberluée…Mais, je ne comprends pas…Pourquoi tu ne vends plus tes statuettes, tes beaux tissus et tes tam-tam, comme d’habitude ?
- Parce que cette année, on veut offrir la lumière de Noël à ceux qui vivent autour de nous, répondit Kossi, d’un air malicieux.
-
Louise resta là, les mains au fond de ses poches, les yeux écarquillés et la bouche grande ouverte…
- Attention, dit Kossi, avec son air malicieux, si tu restes comme çà, tu vas avaler l’hiver et nos bougies ne seront pas vendues ! ! ! Et en riant, pour la sortir de son étonnement, il lui relança une autre boule de neige.
Louise se secoua et s’avança presque intimidée devant l’étale, tout en regardant Kossi et son père sans comprendre.
- Comment est-ce possible…pensa-t-elle…D’habitude, ce sont les Français qui font des bougies et qui les vendent…Mais cette année, le monde semble tourner à l’envers. Quand tous vendent et achètent de l’électrique, eux se mettent à fabriquer et à vendre la lumière de Noël.
Louise s’avança encore. Elle avait vraiment froid et claquait des dents. Kossi la prit par la main et l’attira derrière le stand, près d’un petit chauffage.
- Viens, Louise, écoute, voici ce que je veux te dire…Il y a longtemps, au pays de nos pères, en Afrique, des missionnaires sont venus. Nous sommes devenus chrétiens, en même temps que nous avons appris à lire, à écrire et surtout à fêter Noël avec des bougies. Puis nous sommes venus vivre en France, car la vie du village était devenue trop difficile. Mais nous avons gardé une tradition du pasteur qui a vécu là-bas, et que mon grand-père a bien connu. C’est de fêter Noël avec sa lumière, celle de l’enfant Jésus. Jésus enfant était petit et fragile, mais on nous a dit qu’il était la Lumière du monde. Alors on a appris à faire des bougies et encore, aujourd’hui, nous fêtons Noël à la lumière de Noël, à la maison comme au temple. Et vois-tu Louise, cette année, nous avons décidé, Papa et moi, de partager avec le monde un peu de cette lumière qui m’a conduit jusqu’ici, qui me fait vivre, qui me réchauffe et m’éclaire.
Louise écoute avec attention.
Elle reste avec eux jusqu’à ce que la lune passe le haut du clocher du temple. Kossi continua de lui parler et de la faire rire. Louise découvrit un nouveau monde et sentit monter en elle un peu de cette chaleur que la lumière de Noël donnait. Pour la remercier, Kossi et son père lui offrirent un grand carton de bougies multicolores et lui dire : “ Joyeux Noël, Louise, à toi et à ta famille. Allume-les ce soir, et ainsi, toi et nous, nous partagerons la lumière de Noël. C’est comme si on fêtait Noël ensemble. C’est mon cadeau, et, Joyeux Noël encore ! ”
- Merci et Joyeux Noël à vous, s’écria Louise au comble du bonheur !
Et elle leur claqua deux bises sur les joues, prit les cartons et fila chez elle à toute allure.
Elle entra aussi doucement qu’elle était partie, se prépara pour le réveillon de Noël et, dans toute la maison, disposa toutes les bougies, sur les meubles, dans les recoins de fenêtres, dans les embrasures de fenêtres. Elle ne dit rien à personne, mais ses yeux souriants auraient pu la trahir, si on avait fait attention à elle…
Le moment venu, à l’instant où l’on se souhaite la Noël et au moment où l’on s’offre les cadeaux tant attendus, Louise se leva, alluma une à une toutes les bougies offertes par son ami Kossi, et sans attendre aucune autorisation de personne, éteignit la lumière électrique.
Comme par magie, la maison fut transformée.
Les bougies éclairaient doucement, d’une flamme légèrement vacillante chaque visage et chaque encoignure de la maison. L’atmosphère changea, devenant plus douce, plus intime, plus tendre, plus beau.
Personne ne souffla mot, mais tous les yeux brillaient d’un bonheur naturel. La lumière de Noël était revenue et avec elle la sensation de la légèreté d’être, tout simplement.
Tous s’embrassèrent et se distribuèrent les cadeaux.
Tard dans la nuit, Louise sortit à nouveau dehors, et se rendit dans le fond du jardin, les mains à l’abri dans les poches de son manteau rouge. Elle plongea ses yeux dans le bleu nuit du ciel, illuminés de milliers d’étoiles. La neige avait cessé de tomber. Elle commença à chanter “ Voici Noël, ô douce nuit… ” Et quelle ne fut pas sa surprise de découvrir Kossi, qui la rejoignait. Il mit sa main dans la sienne et chanta avec elle.
Laurence Fouchier.
Voici Noël, ô douce nuit… joué à l’orgue et à la clarinette…puis repris par l’assemblée….