Pierrette de Fauconval
Flûte en do, flûte en sol et piccolo
S’adresser au ciel, retrouver le véritable caractère sacré de la musique à travers ascèses et incantations.
Trois compositeurs se retrouvent dans cette dimension : Edgard Varèse, André Jolivet et Michel Sendrez.
Trois autres y prêtent leurs chants d’oiseaux :
Stravinsky, Mahler et Ravel.
Dimanche 10 février 2008 à 16 h
au Temple de Béthanie 185 rue des Pyrénées 75020 Paris
Entre Ciel et Terre est un récital d’une heure joué à la grande flûte, à la flûte en sol, et au piccolo dans un répertoire du XXème siècle et contemporain, mis en espace et en lumière dans une conception scénique de Michel Sendrez autour de la sculpture en bronze Ave-Sol de Roger Bénévant. Les décors projettés en diapositives fondu-enchainé sont du même artiste.
L’idée de ce récital part d’une réflexion sur les 22 flûtes taillées dans des os d’oiseaux retrouvées dans les grottes d’Isturitz dans les Pyrénées Atlantiques. Elles datent du paléolithique, 30 000 ans av.J-C.
Ces flûtes produisent, tels des appeaux, les chants d’oiseaux.
A cette époque, Cro-magnon vit dans les grottes, taille la pierre, et produit des objets artistiques.
On pense qu’il reproduisait, avec ces flûtes, des chants d’oiseaux lors de cérémonies rituelles.
Pour ces hommes-là, jouer de ces os d’oiseaux, dont le vol les conduit naturellement vers le ciel, était une façon de les accompagner un peu.
L’art et le sacré se trouvaient donc scellés.
Programme
Trois petites pièces pour des hymnes orphiques Michel Sendrez
Flûte en sol et grande flûte 4’
Ces trois petites pièces sont inspirées des Hymnes Orphiques traduits du grec par Jacques Lacarrière.
Les Orphiques formaient une communauté de mystiques au VIIe siècle av.J-C tout autour de la mer Méditerranée. Ils n’avaient de cesse de retrouver leur origine divine.
Densité 21.5 Edgard Varèse
Grande flûte 4’
Cette pièce a été écrite en 1936 à la demande de Georges Barrère pour l’inauguration de sa flûte en platine. Le platine a pour densité 21.5.
D’après Pierre-Yves Artaud, « cette œuvre est une provocation, un sublime cri d’impuissance et de désespoir. C’est une nouvelle conception de la beauté. Une beauté du conflit, du déchirement, du cri aux antipodes de la plénitude et du chant ».
Il me semble qu’il y a dans cette œuvre une sorte de transmutation du son. En effet, Varèse s’intéressait à l’alchimie, et donc à la transmutation de la matière en or. Cette œuvre qui peut paraître insupportable à l’écoute, a peut-être l’ambition, comme l’alchimie, de nous amener vers une recherche de « l’être suprême ».
Pour que l’image devienne symbole ; 6ème incantation André Jolivet
Flûte en sol 3’
Cette 6ème incantation est plus qu’une incantation au sens habituel du terme, c’est une méditation musicale. Il semble que la pièce musicale elle-même, soit cette image soumise à la méditation et qui deviendra symbole.
Le Rossignol extrait Igor Stravinsky
Grande flûte ‘30
Par la beauté de son chant, le rossignol charme les nuits éveillées, il est le magicien qui fait oublier les dangers du jour. Il chante l’amour, montre de façon saisissante, dans tous les sentiments qu’il suscite, l’intime lien de l’amour et de la mort. J.Chevalier, A.Gheerbrant Dict. des synonymes
5ème ascèse O femme qui ne sais que tu portais en toi le monde
Flûte en sol 3’51/ André Jolivet
Cette 5ème ascèse s’amorce sur une succession de demi-tons ordonnés - comme une forme d’origine renvoyant à l’enfantement. C’est une des ascèses les plus mystérieuses, elle s’inspire d’un des vers du recueil Pour que demeure le secret de Max-Pol Fouchet.
Symphonie n°2 extrait du 5ème mouvement / Gustave Mahler
Piccolo 1’
La distance déchirante et l’idéalisation nostalgique qui évoque un adieu à la vie.
Pour que la moisson soit riche des sillons que le laboureur trace / André Jolivet
Grande flûte 2’45
Les répétitions évoquent les allées et venues incessantes du laboureur. Jolivet utilise l’ « ostinato », une répétition obsessionnelle qui dans sa musique comme dans la musique traditionnelle est associée à la transe, à l’incantation, ou aux états extatiques.
Cette 3ème incantation évoque la 3ème étape symbolique dans la vie des premières sociétés humaines. Après la conception, la naissance, puis le travail qui devient acte sacré, outil d’évolution.
Pour une communion sereine de l’être avec le monde / André Jolivet
Grande flûte 3’40
La 4ème des 6 incantations est une volonté de confrontation de l’être dans sa chair et son unicité avec le monde entier dans toute sa diversité. C’est une projection de l’être dans l’espace, c’est un chant cosmique.
Daphnis et Chloé extrait du Lever du jour / Maurice Ravel
Piccolo ‘30
« Car ce que d’abord on éprouve face au jour naissant,
n’est pas le surgissement ou la montée du blanc
mais un départ, une désadhérence
comme si la nuit perdait sa peau d’étoiles.
ensuite et seulement ensuite,
voici le blanchissement de l’astre qui ascend,
voici la chaux vive des rayons,
’ivresse incarnate de la terre ».J. Lacarrière Le pays sous l’écorce.
Prélude pour piccolo / Michel Sendrez
Piccolo 2’
Ce prélude pour piccolo est écrit comme une improvisation au cours de laquelle des images sonores se succèdent sans lien apparent. C’est une rêverie nourrie de souvenirs fugaces et d’allusions à Daphnis et Chloé de Maurice Ravel. Les notes empruntées aux lithophones des grottes d’Isturitz sonnent comme pour raviver, aussi, la mémoire des rituels païens qu’elles abritaient.
Le Rossignol la cadence / Igor Stravinsky
Grande flûte 3’30
«Ah !...
Ah, joie, emplis mon cœur,
un doux parfum m’enivre,
les ravissantes fleurs, les fleurs, le clair soleil !
Ah, peine, emplis mon cœur,
voici les brumes sombres,
les larmes dans mes yeux, les larmes, et la nuit ...
Tendresse, emplis mon cœur,
ô, la clarté lunaire ,
un rêve d’amour infini, un rêve dans la nuit…
Ah ! »…
Prélude pour flûte / Michel Sendrez
Grande flûte 3’30
Le prélude pour flûte déploie par quatre fois une sixte mineure ascendante sur toute la tessiture de l’instrument, évoquant le prélude de Tristan et Iseult de Richard Wagner. La variété des modes de jeu pourrait faire penser à une forme de « ricercare » s’inscrivant dans une tension toujours plus grande. Deux sixtes mineures descendantes nous ramènent à la première note du prélude, dans une paix peut-être retrouvée.
Tribrachus / Michel Sendrez
Grande flûte, flûte en sol et piccolo 10’
« Tribrachus » vient de » tribraque » en poésie latine, qui désigne un pied composé de trois brèves. Dans l’œuvre, trois notes brèves génèrent un discours en trois parties, demandant au musicien de jouer les trois flûtes : la grande flûte, la flûte en sol, et le piccolo.
Biographie:
Pierrette de Fauconval, flûtiste est née à Liège en 1973. Elle étudie auprès d’Henri Dufour, Pierre-Yves Artaud, Philippe Bernold, puis Céline Nessi et Pierre Dumail aux C.N.R. de Boulogne-Billancourt et de Paris où elle obtient les 1er prix de flûte et de piccolo.
Elle intègre régulièrement les orchestres Colonne, de Picardie, de la Cité Internationale Universitaire avec lesquels elle s’est produite à la salle Gaveau, au théâtre Mogador, à la salle Pleyel…
Elle à joué sous la direction de Lothar Zagrosek, Edmond Colomer, Alexandre Spivakov, Paul Connelly, Armin Jordan, Michel Sendrez…
Elle donne des concerts lecture avec Sylvia Lacarrière en hommage à Jacques Lacarrière.
Elle a créé Mime VI de Jacqueline Fontyn et participé aux créations de Michel Sendrez Automne-hiver 19.., Sombre Propos, et Sol Invictus. Elle est dédicataire de ses pièces pour flûte seule.
En soliste, elle a donné le double concerto de Stamitz, concerto pour flûte et harpe de Mozart,, la Notte de Vivaldi, et la suite en si de Bach ; avec l’ensemble Jean-Noël Hamal, l’orchestre de chambre de Huy, l’orchestre du CNR de Boulogne …
Elle enseigne au conservatoire Georges Bizet du XXème arrondissement de Paris.
Coordonnées :
Pdefauconval@hotmail.com
202, rue du Faubourg St Martin
75010 Paris
0033 (0)1 42 02 36 51
06 80 21 64 82